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Voulez-vous vraiment accéder à un rôle exécutif?

Dans plusieurs organisations, le parcours semble tout tracé. Après quelques années dans un rôle professionnel, on devient gestionnaire. Puis, selon les occasions, les besoins de l’organisation, la reconnaissance de son potentiel et parfois le contexte, une autre étape apparaît à l’horizon : celle des rôles exécutifs.

Pour plusieurs, cette progression semble naturelle. Elle est souvent associée à davantage d’influence, de responsabilités et de reconnaissance. Pourtant, avant de viser une telle promotion, une question mérite d’être posée : voulez-vous réellement accéder à un rôle exécutif?

La question peut sembler surprenante. Après tout, qui refuserait une occasion d’avoir davantage d’impact? Pourtant, derrière le titre se cache une réalité souvent différente de celle que plusieurs imaginent.

Ce n'est pas simplement un niveau plus élevé

Nous avons tendance à percevoir la progression de carrière comme une échelle, où chaque nouvelle fonction représente un échelon supérieur au précédent. Mais passer d’un rôle de gestionnaire à un rôle exécutif constitue plutôt un changement de terrain.

Plus qu’un nouveau titre ou un élargissement des responsabilités, cette transition implique aussi certains renoncements. Renoncer à être la personne qui possède toutes les réponses. Renoncer à intervenir dans chaque décision. Renoncer, parfois, à la proximité avec les opérations pour consacrer davantage de temps à réfléchir, à influencer et à préparer l’avenir. Pour plusieurs leaders, cette transformation est profondément stimulante. Pour d’autres, elle signifie plutôt s’éloigner de ce qui les fait vibrer au quotidien.

Le gestionnaire opérationnel est généralement près de l’action. Son rôle l’amène à accompagner son équipe, à résoudre des problèmes concrets et à prendre des décisions qui produisent des résultats visibles relativement rapidement.

Le rôle exécutif, quant à lui, amène à évoluer dans un autre espace. On doit davantage porter son attention sur l’avenir que sur le présent. On doit composer avec l’ambiguïté, arbitrer entre des priorités parfois contradictoires et prendre des décisions dont les effets ne seront visibles que plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard. Autrement dit, le succès ne repose plus principalement sur l’expertise ou l’exécution. Il repose davantage sur la capacité à influencer, à donner un sens commun et à naviguer dans la complexité.

La posture exécutive : plus qu'une question d’image

La notion de posture exécutive est parfois évoquée pour décrire la confiance, la crédibilité ou la prestance d’un ou d’une leader. Pourtant, elle va bien au-delà de l’image projetée.

Développer une posture exécutive signifie apprendre à voir l’organisation comme un système plutôt qu’à travers le prisme de son équipe ou de sa fonction. Cela implique de prendre du recul, d’élargir sa perspective et de reconnaître qu’il est souvent impossible de satisfaire tout le monde.

Cette posture se manifeste notamment par :

  • une capacité à penser à long terme;
  • une lecture systémique des enjeux;
  • une tolérance accrue à l’incertitude;
  • une aptitude à influencer sans nécessairement contrôler;
  • une volonté de privilégier le bien de l’organisation plutôt que celui de son secteur;
  • une capacité à devenir son propre comité de réflexion lorsque personne ne peut décider à sa place;
  • une capacité à arbitrer des décisions complexes en s’appuyant sur des principes et des valeurs, même lorsque les réponses ne sont pas évidentes.


Au-delà des responsabilités et des décisions, c’est donc une nouvelle façon d’occuper son rôle qui se construit. La psychologue sociale américaine Amy Cuddy, connue pour ses travaux sur la prestance et la confiance, rappelle d’ailleurs que notre posture influence la façon dont les autres nous perçoivent, mais aussi notre manière d’agir et de prendre notre place.

La question que peu de gens se posent

Prenons l’exemple d’un gestionnaire que j’ai rencontré dans le cadre d’un coaching en développement. Reconnu pour sa capacité à mobiliser son équipe et à livrer des résultats, il figurait depuis quelques années comme candidat potentiel à un poste de vice-président.

Lors d’une discussion sur ses aspirations professionnelles, je lui ai demandé ce qui l’attirait le plus dans un éventuel rôle exécutif. Après quelques secondes de réflexion, il a formulé une réponse qui m’a surprise : « Honnêtement, je ne suis pas certain que ce soit le rôle qui m’attire. Je pense surtout que j’ai toujours cru que c’était la prochaine étape. »

Cette prise de conscience a ouvert une réflexion beaucoup plus profonde. En explorant davantage ses motivations, il a réalisé que ce qui lui procurait le plus d’énergie était le développement des personnes, la proximité avec les équipes et la résolution de problèmes concrets.

Quelques années plus tard, il est toujours dans un rôle de leadership important, mais il a choisi une trajectoire différente. Non pas parce qu’il n’avait pas le potentiel nécessaire pour un rôle exécutif, mais parce qu’il a réalisé que cette trajectoire ne correspondait pas nécessairement à la manière dont il souhaitait réellement contribuer.

Son parcours met en lumière une distinction importante : celle entre le potentiel exécutif et l’aspiration exécutive.

Dans les démarches d’évaluation du potentiel, il n’est pas rare d’observer des gestionnaires qui possèdent plusieurs des caractéristiques associées au succès dans des rôles exécutifs. Pourtant, avoir le potentiel n’est pas la même chose qu’avoir l’aspiration.

Certaines personnes possèdent les capacités nécessaires pour évoluer vers les plus hauts niveaux de leadership, mais trouvent davantage de satisfaction dans des rôles qui leur permettent de demeurer près des équipes, des clients ou des opérations.

Le potentiel répond à la question : « Pourrais-je occuper un poste exécutif? » L’aspiration répond à la question : « En ai-je réellement envie? »

Or, lorsqu’une occasion d’avancement se présente, les discussions portent souvent sur les compétences requises ou sur les chances de succès, et rarement sur l’envie réelle d’occuper le poste.

Choisir en conscience

Pendant longtemps, les organisations ont présenté l’accès aux postes de direction comme la forme ultime de réussite professionnelle. Cette vision évolue progressivement.

Aujourd’hui, plusieurs cherchent davantage l’alignement que l’ascension. On souhaite contribuer de manière significative tout en respectant nos motivations profondes, nos forces et nos aspirations.

Dans cette perspective, développer une posture exécutive demeure pertinent, même si on ne souhaite jamais siéger à un comité de direction.

Trois questions à se poser avant de viser un rôle exécutif

  1. « Si le titre et la rémunération étaient les mêmes, choisirais-je encore le rôle exécutif? »
    Cette question permet de distinguer l’attrait du statut de l’intérêt réel pour les responsabilités associées au poste.

  2. « Quelles sont les activités qui me procurent le plus d’énergie dans mon rôle actuel? »
    S’agit-il de développer les personnes, de résoudre des problèmes concrets et d’être près de l’action? Ou plutôt de réfléchir aux enjeux organisationnels, d’influencer les orientations et de naviguer dans la complexité?

  3. « Quel type d’impact ai-je envie d’avoir? »
    Certains leaders souhaitent transformer l’organisation dans son ensemble. D’autres préfèrent avoir un impact direct et tangible auprès de leurs équipes. Ces deux types de contribution sont précieux. L’important est de reconnaître celui qui correspond le mieux à ce qui vous anime aujourd’hui, tout en faisant preuve d’ouverture face à l’évolution de vos aspirations.

En bref

La transition vers un rôle exécutif n’est pas qu’une promotion. C’est souvent une transformation identitaire.

Avant de vous demander comment développer votre posture exécutive, prenez un moment pour réfléchir à une question plus fondamentale : est-ce réellement le type de contribution que vous souhaitez apporter?

Parce qu’en fin de compte, le leadership le plus durable n’est pas celui qui correspond aux attentes des autres. C’est celui qui est en adéquation avec la personne que l’on est aujourd’hui… et avec celle que l’on aspire à devenir.

Référence : 
Cuddy, A. (2012). Your Body Language May Shape Who You Are. TEDGlobal. 
https://www.youtube.com/watch?v=Ks-_Mh1QhMc

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Nathalie Carrier M.A., c.o.o., ACC
  • Directrice et coach | Évaluation des talents et intégration

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